LA GRANDE EVASION : La Véritable Histoire

Il y a 75 ans, deux pilotes français des Forces aériennes

françaises libres (FAFL) s’évadèrent du Stalag Luft III de Sagan

dans la nuit du 24 au 25 mars 1944

Bernard Scheidhauer

Dans la soirée du 20 octobre 1940, Bernard Scheidhauer, accompagné de cinq camarades : les frères Guy et Jean Vourc’h, Charles de La Patellière, Robert Alaterre, et Joseph Ferchaud, avait réussi à embarquer à Douarnenez, à bord d’une pinasse toute neuve de douze mètres de long, pontée, avec deux voiles et un moteur, la ” Petite Anna “.

Le 18 novembre 1942, à 14h15, le jeune lieutenant français avait décollé d’Angleterre avec trois autres pilotes pour une nouvelle mission dite « Rhubarb », mission hautement dangereuse en rase-mottes, le mitraillage de la voie ferrée reliant Bayeux à Cherbourg.

Comme d’habitude, la flak ennemie était terrible. Durant des longues minutes, les quatre Spitfires avaient été encadrés par des centaines d’explosions d’obus de 20mm, un véritable mur de feu qui mettait les nerfs à l’épreuve de ces jeunes pilotes. Scheidhauer ne rentrerait jamais de cette mission. Touché par la flak et à court d’essence, il se posa sur l’île de Jersey et fut fait prisonnier par l’ennemi.

Raymond Van Wymeersch

En ce mois de juin 1940, alors que les forces allemandes déferlaient sur la France et que Paris venait de tomber aux mains de l’ennemi, Raymond Van Wymeersch, l’un des seize Français de l’école de Chasse III, avait quitté Bayonne pour Casablanca afin de poursuivre le combat. Il allait combattre effectivement avec un grand courage et fut abattu le 19 août 1942 lors de la couverture aérienne de l’opération « Jubilee », le débarquement de Dieppe.

Incarcérés dans un camp de prisonniers au sud est de Berlin, Bernard Sneidhauer et Raymond van Wymeersch avec 74 autres compagnons d’infortune, s’évadèrent du Stalag Luft 3, dans la nuit du 24 au 25 mars 1944 (1).

Sneidhauer s’était évadé avec la tête pensante de l’évasion, le commandant Roger Bushell. Moins de douze heures après leur extraordinaire Bushell et le jeune lieutenant français étaient déjà à l’autre bout de l’Allemagne. Ils avaient parcouru près de 1000 kilomètres avant d’arriver à la frontière française et d’être arrêtés par la Gestapo.

Concernant les 76 évadés du stalag Luft III de Sagan, Hitler, dans sa folie criminelle, avait ordonné d’exécuter tous ceux qui seraient repris. Faire des exemples afin d’inspirer la crainte même des prisonniers de guerre.

Le chiffre des aviateurs condamnés à mort, serait finalement ramené à 50 qui seraient choisis par les responsables SS.

Le 28 mars 1944, à peine quatre jours après l’évasion, la Gestapo commettrait les premiers meurtres. Parmi ces 50 aviateurs, certains avaient des enfants, d’autres non. Certains étaient Britanniques, d’autres Français, Tchèques, Polonais, Belges, etc…

Quand au cerveau de la Grande évasion, Roger Bushell, son sort serait scellé, ainsi que celui de Bernard Scheidhauer, à quelques kilomètres à peine de la frontière française.

Il était 4h30 du matin, ce 30 mars 1944 lorsque la Gestapo les avaient embarqués tous les deux pour une prison à proximité de la frontière française. Au fond de lui même, Bushell se montrait inquiet non pas pour lui même mais pour Scheidhauer. Il connaissait les méthodes abominables de la Gestapo et il savait que les nazis chercheraient à venger l’affront qu’ils venaient de subir. Les deux hommes, comme 48 autres aviateurs alliés, seraient exécutés d’une balle dans la nuque par des officiers de la Gestapo et leurs corps seraient incinérés (2).

L’aviateur français Raymond van Wymeersch, avait pris, quant à lui, une route détournée en revenant à Breslau où il avait acheté un billet directement pour Paris et où il espérait se lier avec la Résistance française. Il avait été finalement arrêté à Metz et envoyé dans un certain nombre de prisons à Berlin d’où il s’était à nouveau évadé deux nouvelles fois.

Il avait ensuite été emprisonné dans le camp de concentration de Sachsenhausen d’où il s’était échappé et avait été repris pour la troisième fois. Raymond va Wymeersch avait ensuite été renvoyé au Stalag Luft III, mais fort heureusement vivant. Il verrait la fin de conflit…

Quant aux membres de la Gestapo, auteurs des assassinats des 50 aviateurs alliés, ils furent arrêtés, condamnés à mort par un tribunal militaire britannique et exécutés.

(1) Cette évasion fut immortalisée par le film de John Sturges, La Grande Evasion, avec l’acteur américain Steve McQueen en vedette principale.

(2) Extraits de l’ouvrage de Daniel Pierrejean, La véritable aventure de la Grande Evasion, aux Editions Humussaire.

L’inauguration d’une stèle à la mémoire du Squadron Leader Roger Bushell de la Royal Air Force (RAF) et du sous-lieutenant Bernard Scheidauher des Forces aériennes françaises libres (FAFL) qui a donné lieu à une cérémonie franco-britannique à proximité de la base aérienne de Ramstein en Allemagne, sur le lieu même de l’exécution des deux pilotes alliés…

Photo : Armée de l’air française

Auteur : Daniel Pierrejean