LE MI-9 et la Grande évasion

La Grande Evasion fut l’histoire vraie de l’une des plus grandes évasions en masse de prisonniers de guerre de la deuxième guerre mondiale.

L’action s’était déroulée au Stalag Luft III, un camp allemand de prisonniers de guerre placé sous contrôle de la Luftwaffe et situé à Sagan (aujourd’hui en Pologne), à environ 150 km au sud- est de Berlin.

Le camp avait été établi pour les aviateurs alliés capturés et était censé être mieux gardé que d’autres camps de prisonniers en raison du regroupement dans ce camp d’un certain nombre de spécialistes de l’évasion plusieurs fois évadés et repris. Dans cette partie du camp où allait avoir lieu cette évasion, dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, les prisonniers étaient essentiellement des aviateurs de la Royal Air Force (RAF) et d’autres nations alliées avec quelques pilotes de l’US Army Air Force (USAAF). Le camp se composait de plusieurs tours de guet, de cantonnements et de bureaux pour les soldats allemands et de baraquements pour les prisonniers.

La volonté de réaliser une évasion de masse tenait au désir d’obliger les Allemands à poursuivre les évadés à travers le pays en mobilisant ainsi des forces qui ne pourraient être employées à d’autres tâches. En un mot : soutenir l’effort de guerre allié contre l’ennemi nazi par tous les moyens possibles.

Les baraquements du Stalag Luft III de Sagan

L’élaboration du plan d’évasion avait été lente et laborieuse. Sous la conduite du Squadron Leader Roger Bushell, ancien commandant du Squadron 92 abattu pendant la bataille de Dunkerque en 1940, il avait été décidé de creuser simultanément trois tunnels pour s’évader, portant les noms de code de « Tom », « Harry » et « Dick ».

Un premier tunnel serait creusé depuis les douches de la baraque 122, un autre depuis le fourneau du baraquement 104 et le dernier sous le plancher du baraquement 105. Dans le même temps, d’autres prisonniers devaient se charger de confectionner des vêtements civils alors que d’autres fabriqueraient les faux papiers, les laissez-passer, les cartes, les boussoles et tout l’approvisionnement nécessaire à l’évasion.

 

La plus grande prouesse des futurs évadés consisterait à réaliser tout ceci au nez et à la barbe de gardiens pourtant très attentifs à déjouer toute tentative d’évasion. Lorsque l’ouvrage « Harry » avait été terminé, 200 candidats à l’évasion avaient pu ainsi être entièrement équipés. Afin d’aider l’évasion, une attaque aérienne dans le secteur devait obliger les habitants du secteur et les sentinelles du camp à respecter le “black out”.

 

Dans la nuit du 24 au 25 mars 1944, l’opération d’évasion avait donc été lancée. Malheureusement, 76 prisonniers seulement allaient pouvoir s’évader avant que les gardiens allemands ne découvrissent l’opération. 73 d’entre eux avaient été rapidement repris, et 3 seulement réussiraient à gagner l’Angleterre.

 

Devant l’ampleur de l’évasion et afin de prévenir toute nouvelle tentative, la Gestapo, agissant sous les ordres directs de Hitler, avait décidé alors d’exercer des représailles en exécutant 50 aviateurs alliés, en violation flagrante des conventions de Genève. L’information sur ce massacre arriverait en Angleterre en juillet 1944.

Dès l’annonce des meurtres, une décision fut prise par les autorités britanniques de poursuivre les auteurs de ces meurtres odieux. Dix huit auteurs de ces crimes seraient identifiés, arrêtés et jugés par le Tribunal Militaire Britannique de Hambourg. Quatorze seraient condamnés à la peine de mort (13 seront exécutés) et 4 à des peines de prison.

Le Squadron Leader Roger Bushell abattu fin mars 1944 par la Gestapo

 Le commandant de la RAF, Roger Bushell allait jouer un rôle clé dans l’ingénierie de la première évasion de masse de la guerre. De plus, il était chef des renseignements militaires, ce qui impliquait le développement d’échanges codés avec les services secrets britanniques à travers les lettres des prisonniers qu’ils adressaient à leurs familles.

            Au sein du MI-9, Bushell se consacra principalement à l’acquisition de renseignements et de matériel d’évasion. Toutes les informations militaires étaient transmises à Londres.

            Alors que les Allemands auraient pu dire aux prisonniers: «Pour vous, la guerre est finie», en Angleterre, Norman Crockatt, le chef du MI-9, avait une opinion différente. Il estimait qu’un prisonnier était et restait un combattant et qu’il devait poursuivre la lutte contre l’ennemi.

Norman Crockatt, chef du MI-9

La création du MI-9 (abrégé pour Military Intelligence, département numéro 9), par Winston Churchill, remontait au 23 décembre 1939. L’objectif était d’encourager les prisonniers à recueillir des renseignements par tous les moyens et de les aider à s’évader.

            Quelques jours après sa création, le MI-9 avait commencé à informer les officiers de ses objectifs – et parmi ses premières cibles étaient les pilotes du Fighter Command – qui, selon lui, étaient susceptibles d’être parmi les premiers hommes à être faits prisonniers. Bushell, quant à lui, abattu aux commandes de son Spitfire lors de la bataille de Dunkerque en juin 1940, avait été l’un des premiers pilotes enregistrés sur les listes du MI-9…

 

            Sans tarder, le MI-9 avait élaboré un certain nombre de codes secrets qui pourraient être utilisés pour communiquer avec Londres. Mais qu’était-ce donc exactement ce MI-9?

            Le MI-9 serait donc, pendant toute la durée de la Seconde guerre mondiale, une organisation chargée d’aider (protection, équipement, conseils, informations et par conséquent renseignements), de récupérer et de ramener dans des pays occupés jusqu’en Angleterre (ou leurs Alliés) des résistants, des militaires tombés et espions censés être tombés par voie de conséquence aux mains des forces de l’Axe, derrière les lignes ennemies (par exemple les pilotes dont l’avion avait (ou aurait été abattu) et des prisonniers de guerre.

 

Le MI-9 était installé dans la pièce 424 du Metropole Hotel (Northumberland Avenue, Londres). Ultérieurement, il serait déplacé au Wilton Park (Beaconsfield). Il était donc dirigé par le colonel Norman Crockatt, qui avait été le chef du London Stock Exchange. Son équipe comprenait notamment :

– Christopher Clayton Hutton, pilote de la Seconde guerre mondiale et responsable de relations publiques;

– Johnny Evans, qui s’était échappé de plusieurs camps de prisonniers de guerre pendant la Première guerre mondiale;

– Airey Neave, qui rejoignit l’équipe après s’être échappé de l’Oflag IV-C (le château de Colditz) en 1942.

Bushell était en lien presque direct avec le MI-9 par des codes cachés dans les échanges de courrier avec ses proches. Il était aussi en lien avec le MI-6 (espionnage).

            C’était le début d’une résistance sérieuse aux Allemands parmi le nombre croissant de prisonniers de la RAF en Allemagne – et cela allait s’intensifier.

 

Selon le rapport «Top Secret» Z sur les opérations de renseignement dans les camps de la RAF, les prisonniers devaient relayé des informations sur :

1) Armes secrètes allemandes …
2) Cibles militaires
3) Dispositions de troupes
4) Et données industrielles … ..

Un article de notre conférencier Daniel PIERREJEAN