23 Juin 2021 les ACSR rendent hommage aux fusillés de la Madeleine à Villeneuve-les-Maguelone

Les fusillés de la Madeleine
Villeneuve-lès-Maguelone, 14 mars – 10 juillet 1944

André Balent

Entre le 14 mars et le 10 juillet 1944, seize résistants ont été fusillés à Villeneuve-lès-Maguelone, neuf par un peloton de GMR (Groupe Mobile de Réserve) après jugement par la Cour martiale de la Milice de Montpellier, les sept autres par des Allemands, jugés par le tribunal militaire OFK 894 de Nîmes.

La butte du stand de tir de la Madeleine située dans la commune de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) a été utilisée pour l’exécution de résistants provenant de divers départements de la R3 et jugés :

  • soit par la Cour martiale de la Milice de Montpellier – Cour martiale de la Milice, dénomination courante que nous reprenons dans cette notice alors qu’il conviendrait plutôt d’utiliser la terminologie officielle de « Cour martiale du secrétariat d’État au Maintien de l’ordre » qui montre bien le caractère étatique de cette juridiction qui officiellement n’avait pas de lien organique avec la Milice ;
  • soit par le tribunal militaire allemand OFK 894 de Nîmes.

Les jugements

Les exécutés de la Madeleine furent condamnés à mort :

  • lors de quatre séances de la Cour martiale de la Milice de Montpellier : 14 mars : Antoine Miralles, 31 mars : Louis Plantadi, 22 mai : Louis Bonfils, Henri Garcia, 11 juillet 1944 : Pierre Auriol, Gabriel Hispa, Roger Menuisier, Joseph Sauri et Pierre Stoll.
  • à l’issue des délibérations du tribunal militaire allemand de Nîmes OFK 894 : le 30 mai 1944 : Francis Gaussen, Raymond Migliario, Georges Pierru, Jean-Marie Pitangue, Louis Rachinel, Aimé Sauvebois et René Sénégas.

D’après Jacques-Augustin Bailly, ce fut l’intendant Pierre Marty qui choisit lui-même les détenus traduits devant une juridiction qu’il mit en place. Il s’agissait d’une justice expéditive, sans instruction ni défense. Il reste peu de traces des procès-verbaux de cette cour et de la documentation la concernant car les dossiers furent en grande partie détruits le 21 août 1944 à la fin de l’occupation allemande de Montpellier. La dernière exécution (les 5 FTPF de Perpignan fusillés le 11 juillet 1944) fut ordonnée par Charles Hornus, le successeur de Marty nommé entre temps à Toulouse. La Cour de justice de la Milice aurait dû aussi condamner Raoul Batany, du mouvement Combat et membre des CFL de l’Hérault. Le 17 août 1944, il fut abattu par deux miliciens à la caserne de Lauwe de Montpellier et sans doute enterré vivant dans une cave de cet édifice.

On remarque que les 7 condamnés par le tribunal militaire allemand le furent lors d’une seule séance alors que les 9 condamnés par la Cour martiale de la Milice donnèrent lieu à 4 procédures sommaires. Dans les deux cas il s’agit de procédures expéditives sans appel.

On peut aussi souligner que la Cour martiale a concentré sa répression sur les FTPF, alors que les Allemands ont frappé pour l’essentiel des résistants de la mouvance MUR7/AS8/CFL. Les condamnés par la Cour martiale avaient été livrés à cette juridiction par la police française ou la Milice. Ce n’est sans doute pas un hasard si les forces de répression françaises ont considéré comme prioritaire l’éradication de la résistance communiste. Cette volonté d’anéantir en premier lieu les organisations de résistance de la mouvance communiste et de ménager – très relativement – les MUR ou l’ORA a souvent été constatée dans nombre de départements de la R3 et de la R4.

Les exécutions

Les condamnés furent exécutés le jour même de leur procès ou le lendemain. Dans le cas des condamnés par l’OFK de Nîmes, ils durent être transportés depuis cette ville jusqu’à Villeneuve-lès-Maguelone, deux communes séparées par une cinquantaine de kilomètres (Villeneuve-lès-Maguelone se situe au sud-ouest de Montpellier). À moins que leur jugement ait été prononcé en leur absence alors qu’ils étaient incarcérés à Montpellier, ce qui était le cas de René Sénégas. Les condamnés par la Cour de la Milice furent exécutés par des pelotons issus du corps des GMR. Parfois, comme la chose est signalée dans certaines notices biographiques des exécutés de la Madeleine, ces pelotons étaient composés de volontaires. Lors de son exécution, Roger Menuisier, gardien de la paix à Perpignan, reconnut et interpella d’anciens collègues du GMR « Biterrois » parmi les membres du peloton chargé de l’exécuter. Le 11 juillet 1944, les GMR exécutèrent les FTPF perpignanais en présence d’officiers allemands. Nous ignorons à quelle(s) unité(s) du Heer appartenaient les soldats du peloton allemand qui procéda aux exécutions du 31 mai 1944. […]